-Philippe Abrahami, MCF Langues et civilisations du Proche-Orient ancien, Assyriologie (UMR 5133, Archéorient Université Lumière Lyon 2). philippe.abrahami@univ-lyon2.fr
Brigitte Lion, Prof. Histoire ancienne, Assyriologie (CERMAHVA EA 4247, Université François Rabelais, Tours). lion@mae.u-paris10.fr
Partenaire
J. Dahl, Oriental Institute - University of Oxford
The Cuneiform Digital Initiative (CDLI), UCLA et Max Planck Institute for the History of Science
Les sources documentaires traitées par le projet
Le site de Nuzi se trouve dans le Kurdistan irakien, à une dizaine de km au sud-ouest la ville actuelle de Kirkouk. Il a fait l’objet, entre 1925 et 1931, de cinq campagnes de fouilles américaines. La partie centrale du tell a livré un palais, un temple et plusieurs quartiers d’habitation datant du XIVe s. av. J.-C. De très nombreux objets y ont été trouvés, notamment plus de 5000 tablettes d’argile en écriture cunéiforme, en langue akkadienne (médio-babylonien). Ces tablettes éclairent la vie d’une ville provinciale, dans un petit royaume soumis à l’État du Mittani. L’empire du Mittani demeure très mal connu puisque ses capitales et ses grandes villes n’ont pas été retrouvées. Les découvertes de Nuzi revêtent donc une importance fondamentale pour l’étude d’une région et d’une époque par ailleurs assez peu documentées. Les sources exhumées dans les maisons, issues d’archives privées, contiennent de nombreux contrats (ventes, prêts, mises en gage, mariages, adoptions, testaments...) et des comptes rendus de procès ; les archives administratives (listes de personnes, de distribution de rations, d’armes, etc.) relèvent plutôt de la documentation palatiale.
Un constat
Les tablettes de Nuzi sont principalement réparties entre deux grandes collections américaines, l’Oriental Insitute de l’Université de Chicago et le Harvard Semitic Museum. Les copies cunéiformes de ces tablettes ont été publiées depuis la fin des années 1920, souvent sans transcription ni traduction ; parfois aussi, il existe des transcriptions, sans copies ni traductions. Ces volumes de publications ne donnent en général pas de résumés du contenu des tablettes, ils ne fournissent pas d’index des noms propres, encore moins du vocabulaire. Pour toutes ces raisons, ce matériel, pourtant fort riche, demeure très difficile d’accès, même pour les assyriologues.
Descriptif de l’opération
Le projet a pour but l’édition en ligne des 600 tablettes trouvées dans le palais de Nuzi qui sont toutes conservées à Harvard. L’opération consiste à déposer sur le site internet du Cuneiform Digital Library pour chaque texte : sa transcription et la photo et/ou l’autographie de la tablette correspondante. Le texte est saisi selon un système d’encodage permettant de réaliser des recherches utilisant l’outil informatique.
Pertinence scientifique
L’interrogation des textes à partir de critères multiples (lexicographique, prosopographique, genre et contenu du texte, lieu de la trouvaille de la tablette….) permet la constitution de grands dossiers qui font mieux connaître la vie économique, militaire, sociale de Nuzi, ainsi que la culture matérielle et l’organisation interne d’un palais provincial à l’âge du Bronze Récent. La mise en ligne des textes devrait donc rendre possible toute une série d’études, par les porteurs du projet mais aussi par leurs collègues qui trouveront désormais des textes correctement édités et aisément accessibles
Rayonnement international
Ce projet s’inscrit dans une dynamique internationale déployée dans le domaine de l’édition électronique de corpus de textes cunéiformes. Les projets dans ce domaine en cours de réalisation ou déjà achevés sont en effet multiples. On en citera ici quelques uns : *Les archives d’Emar/ Tell Meskéné (http://www.pankus.com) *Les tablettes administratives d’Ur III (http://bdts.filol.csic.es) *Edition de tablettes lexicales : The Digital Corpus of Cuneiform Lexical Texts (http://cuneiform.ucla.edu/dcclt/intro/lexical_intro.html) *Les archives babyloniennes (XXe-XVIIe siècles) par l’équipe de la chaire d’assyriologie du Collège de France. *Le corpus des textes hittites (http://www.hethiter.net) *Le corpus des textes paléo-assyriens (http://www.hethport.uni-wuerzburg.de/altass) *Le corpus des textes archaïques sumériens et paléo-akkadiens (http://cdli.ucla.edu)
Les tablettes
Le travail a porté sur les tablettes pour lesquelles il existe des transcriptions (310 tablettes). Ces transcriptions anciennes (datant des années 1920-1930) ont été vérifiées, corrigées, harmonisées selon les normes modernes d’édition puis encodées selon les normes du CDLI.
La mission de 15 jours en juillet 2009 à l’Harvard Semitic Museum (Boston) a permis de vérifier ces nouvelles transcriptions à partir des documents originaux.
262 tablettes ont été photographiées, ce qui représente environ 2000 clichés.
177 tablettes ont été collationnées.
2 tablettes ont été complétées par des fragments disjoints.
D’ici la fin de l’année, il est prévu de :
collationner les 85 tablettes qui n’ont pu l’être à partir des photos prises au cours de la mission.
terminer d’intégrer les collations obtenues dans les transcriptions.
Organisation de l’atelier : « Nuzi : Works in Progress » (8 juillet 2009)
Dans le cadre de la 55ème Rencontre Assyriologique Internationale (Paris), un atelier a été organisé qui a permis de faire le point sur les recherches en cours à Nuzi dans les domaines de l’épigraphie et de l’archéologie. Cet atelier a réuni 8 chercheurs de 5 nationalités.
Les porteurs du projet ont proposé une conférence à partir d’un lot d’archives, trouvé dans la pièce N 120 du palais, qui concerne les activités d’une femme, Tulpunnaya. Ce dossier compte à ce jour 36 tablettes dont les transcriptions sont désormais disponibles sur le site du CDLI.
La publication des conférences se fera dans le cadre de la collection Studies on the Civilization and Culture of Nuzi and the Hurrians (Bethesda, Maryland). La date de remise des manuscrits a été fixée pour le début décembre 2009. Les porteurs du projet se chargent du travail éditorial ce qui permettra une publication rapide.
Un nouvel outil bibliographique concernant les textes et l’archéologie de Nuzi Les dernières bibliographies relatives aux études "nuzites" datent de 1972 (DIETRICH, LORETZ & MAYER, Nuzi-Bibliographie, AOATS 11, Neukirchen-Vluyn, 1972) et de 1999 pour les éditions de textes (NEGRI-SCAFA P., « The Scribes of Nuzi », SCCNH 10, 1999, p. 63-80). Un nouvel outil regroupant les références parues depuis ces deux études bibliographiques sera disponible d’ici la fin du mois d’octobre 2009. Les assyriologues, les archéologues du Proche-Orient ancien, chercheurs ou étudiants pourront bénéficier d’un accès à cet outil, facilité par sa mise en ligne sur le site internet du Cluster.
Les tablettes
295 tablettes ne disposent que d’une transcription très partielle voire d’aucune transcription. Il s’agira donc de les transcrire et de procéder à leur encodage. Une seconde mission au Semitic Museum en juillet 2010 est prévue pour collationner les tablettes nouvellement transcrites. D’ici la fin de l’année, l’objectif visé est de réaliser la mise en ligne de l’édition d’au moins 80% des tablettes du palais.
Les actes de l’atelier
Le manuscrit prêt à imprimer devrait être remis à l’éditeur au premier trimestre. La publication pourra intervenir d’ici la fin de l’année 2010 ou au tout début 2011.
Établissements rhônalpins engagés :
— Université Lumière Lyon 2 (établissement porteur), ENS-LSH (établissement d’hébergement)
— INSA, Université Claude Bernard Lyon 1, Université Jean Moulin Lyon 3, Université de Savoie (Chambéry), Université Stendhal Grenoble 3, Université Pierre-Mendès France Grenoble 2, Université Jean Monnet Saint-Étienne
Le CNRS participe à travers ses chercheurs à temps plein et son rôle d’opérateur national auprès des unités de recherche ou de service dont il partage la tutelle avec les établissements précités, y compris l’Institut des Sciences de l’Homme.
Dans la seule limite de ses moyens, le cluster a naturellement vocation à faire bon accueil à toute proposition en rapport avec ses thématiques lorsqu’elle émane de collectivités territoriales, d’associations, d’institutions ou d’entreprises rhônalpines.